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67 - Le gouvernement des "tontons" Régence de Louis d'Anjou
Charles V meurt le 16 septembre 1380 à Beauté-sur-Marne, probablement de tuberculose.
Quelques années plus tôt, en 1374, se sachant de santé fragile et prévoyant la possibilité que son fils Charles VI (né en 1368) ne soit pas assez âgé pour gouverner, il prépare déjà sa succession. Il publie un édit à Vincennes au mois d'avril 1374, par lequel il déclare qu'à l'avenir les rois de France ayant atteint l'âge de 14 ans prendraient en main le gouvernement du royaume. Il fixe ainsi la majorité des rois à 14 ans. Auparavant, il n’y avait pas de règle précise. En bon légiste, rien d’étonnant à ce que Charles V songe à remédier à ce vide juridique. C’est maintenant chose faite, la règle restera.
Il met aussi en place un système pour que ses frères ne puissent accaparer le pouvoir, et qui répartit les tâches de manière précise : La reine a la garde des enfants royaux, mais elle n’a pas le gouvernement du royaume. Elle n’est donc pas régente. Son frère aîné, le duc d’Anjou, a le gouvernement, mais pas les finances. Il ne peut donc rien faire tout seul.
C’était sans prévoir la mort précoce de son épouse (comme nous l’avons vu dans l’article précédent, la reine meurt en couche deux ans avant lui).
La régence ne pourra donc pas se passer comme prévu par ses dispositions et en réalité ce sont ses frères, les oncles de son fils Charles VI , qui vont se partager la régence. Dès lors, leurs principautés deviennent indépendantes de fait et la lutte va commencer entre les tontons pour le contrôle des recettes de l’Etat, une lutte qui va entraîner la guerre civile entre les Armagnacs et les Bourguignons et qui aura toute son importance plus tard quand les Armagnacs resteront fidèles au roi de France alors que les Bourguignons choisiront le camp anglais…
La régence revient tout d’abord à l’aîné des frères, Louis d’Anjou , et la garde des enfants à Philippe de Bourgogne (dit Philippe le Hardi) puisque la reine est morte.
Philippe de Bourgogne
Louis 1er, duc d'Anjou
Mais Louis se montre gourmand et abusant de son pouvoir de régent détourne les 32000 francs du trésor royal…
C’est un vrai caractère Louis d’Anjou ! Nous en avons déjà parlé : Rappelez-vous, c’est celui-là même qui, plus jeune, avait été envoyé en Angleterre comme otage en échange de la libération de son père, le roi Jean le Bon, et qui s’était évadé pour rejoindre la jeune femme qu’il venait d’épouser sans autorisation (voir article 63). Il était l'un des principaux acteurs de la politique de son frère Charles V, commandait l'armée, dirigeait la répression des routiers (les Grandes Compagnies), était lieutenant du roi en Languedoc, avant d’être destitué à la suite d'une plainte des villes de cette région et a conduit une grande partie de la reconquête de l'Aquitaine.
Louis est fait comte de Poitiers en 1350, comte d'Anjou et du Maine en 1351, duc d'Anjou en 1360. En 1370, en échange du comté du Maine, il devient duc de Touraine.
De tous les fils de Jean le Bon, Louis d’Anjou est sans doute également l’amateur d’objets d’art, d’orfèvrerie et de joyaux le plus effréné : vases en pierre dure, joyaux et vaisselles d’argent, orfèvrerie émaillée, sans oublier la magnifique tapisserie de « l’apocalypse » d’Angers (que nous verrons très bientôt en détails)…
valves de miroirs
Le nouveau roi reste malgré tout trop jeune. Un système collégial de gouvernement est mis en place… ce que nous verrons très bientôt…
La plus grande partie des revenus royaux est affectée aux enfants et donc à la reine, mais tout mariage des enfants ne peut se faire qu’après accord d’un conseil de tutelle comprenant ses frères, son cousin Louis de Bourbon et la reine, conseil assisté par ses fidèles conseillers (on se méfie quand même de la famille… !)
Voyant ses détournements, ses frères et cousins le poussent alors à faire reconnaître la majorité du roi dès le 2 octobre 1380 (ce dernier a 12 ans).
Il amasse une masse prodigieuse de bijoux et de pièces d'orfèvrerie dont il fait établir plusieurs inventaires successifs. Malheureusement, il va tout dilapider pour financer ses expéditions italiennes, laissant seules rescapées deux valves de miroir.
Charles VI « le Bien-Aimé » (avant de devenir « Charles le Fol ») est sacré le 4 novembre . La régence de Louis d’Anjou n’aura duré que deux mois.
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